Elle rebat furieusement les cartes. Retour quasiment à la case départ. La soirée peut encore me filer entre les doigts. Or ce n’est pas n’importe laquelle : la dernière, celle où il n’y a pas de rattrapage, celle qui vous laisse un souvenir indélébile pour les 6 prochains mois.
Je joue gros, putain, ne me lâche pas Mimine, pas ce soir. Je ne suis pas dans mon meilleur jour, faut que tu m’aides un peu, voire beaucoup, sinon la fin du trip elle ne sera pas belle à voir sans toi, tu sais. Je m’accroche à l’idée de partir avec elle comme un naufragé à une planche en pleine mer. Sauf que là, il y a des requins dans les parages. Devant son hésitation, je précise qu’il ne s’agit pas forcément de partir maintenant, c’est vrai qu’il est tôt, mais je souhaite juste être fixé côte BF. Histoire de me sentir plus à l’aise dans mon polo. De poser les valoches. Mais elle esquive. Je m’abaisse même à lui dire que je peux y aller du BF, comme ça, même sans baiser. Je me déteste juste après. A quoi je m’abaisse, merde ! Elle a la délicatesse de ne pas relever.
J’ai juste envie de lui hurler qu’il ne s’agit plus de baiser pour baiser, mais de passer la dernière nuit ensemble, parce que c’est elle que j’ai choisie. Que je suis au bout du rouleau, que j’ai plus de jus, que le kamagra ne répond plus, que dans cet état, il n’y a qu’elle qui peut faire quelque chose de simple : juste être elle-même et rester près de moi. Lui hurler que je crève d’envie qu’elle remplisse ma chambre de sa présence une dernière fois, qu’elle y fasse résonner le son de sa voix, qu’elle l’illumine de son sourire, qu’elle y foute son bordel de minette. Je veux voir son sac, là, sur le meuble, et ses pompes près des miennes.
Lui faire comprendre que ce soir j’ai surtout envie de sentir son corps contre le mien, perdre ma main dans ses cheveux, sur son dos, son cul, en sentant son souffle sur mon visage, l’observer dormir et me réveiller près d’elle. Ça voulait dire tout ça dans ma proposition de ne pas baiser.
Je fais le choix de rester. Quoi qu’il en coûte. 23 heures passent. Ça s’anime dans le rade. Musique, les filles grimpent sur le podium et les clients arrivent. Bref, ça repart comme en 14. Mais sans moi, dont l’humeur reste à quai. Elle blablate alors je ne sais quoi à la mamasan, qui nous a à l’œil. Puis elle part se changer. Revient plus sexy que jamais. La mamasan me dit qu’elle va danser puis revient dans 20 min. Chiche ? Je ne décolle pas du tabouret. Ne bouge pas une oreille. Mes courbatures me refont mal. Je suis crevé. J’ai trop baisé. Je me dis qu’il va falloir renouer sans tarder avec une vie saine, à base de vie professionnelle, Cognac après le dîner et coucher tôt. Mais en attendant, je veux la ramener cette petite, mais alors d’une force !
Elle ne me calcule que dalle sur son podium et je vois qu’il y a du blaireau qui la rince à la tequila. De deux choses l’une : soit je me casse tant qu’il en est encore temps, soit je fais confiance. Mais je ne lâche pas l’affaire. Je sèche sur place. Mon soda water commence à salement tiédir. Il est encore temps qu’elle me plante. C’est un peu le moment de tous les possibles. Il y a de très belles filles que je ne vois plus, de la musique que je n’entends pas. Mais les 20 min écoulées, elle lâche la barre à strip et vient me rejoindre autour de la table haute. Je suis agréablement surpris par le respect scrupuleux du timing. Re – LD. Je m’écrase, et ne lui mets pas la pression. Je laisse rouler. « Sanouk attitude » avant tout ! Elle s’absente un moment pour aller fumer la shisha avec les copines à côté. Mon regard croise alors celui de la mamasan, jamais loin. Je lui souris comme si j’avais bouffé du citron. J’essaie de rester zen. En patientant, pour m’occuper, j’envisage sans aucun enthousiasme une solution dégradée : finir par taper au hasard soi Diana. Tout faire pour ne pas dormir seul. Mais je sens bien que je n’ai plus la moelle pour ça. C’est mon état du moment, celui du dernier soir 9 fois sur 10. Ou alors reste à s’abrutir d’un donormyl, seul dans un grand lit froid. Sans même la force de se taper une queue. Une belle fin de séjour bien subie, bien lamentable. De quoi filer le cafard pour tout l’hiver.
Puis elle revient vers moi. Plusieurs minutes s’écoulent. Je propose un billard pour la garder sous la main, elle décline. Encore une porte qui se ferme. Putain, Mimine, me plante pas … Merde ! Mais peu après, dans un geste – réflexe, je regarde l’heure. Ce qu’elle remarque. Il est près de minuit. Son verre presque vide, elle me dit alors qu’on peut y aller. Je souffle. Un peu. Beaucoup. Elle m’annonce qu’elle va se changer. J’en profite pour checker la bill et demande à la mamasan, restée à deux encablures, d’ajouter le kaabar.
Elle revient, dit au-revoir aux copines. On fait quelques pas dans le soi, j’ai ses petits doigts fins dans la main. On enfourche le motosai, elle pose sa tête contre mon épaule. J’ai l’impression non pas d’avoir fait le casse du siècle, mais de la ramener quand même de loin.
Je m’en tire bien. J’ai perdu la main très vite. Je l’ai perdue au moment précis où j’ai répondu à son invite, alors que je passais devant le bar. Mais c’était tellement ce que j’étais venu chercher. A vrai dire je ne l’ai pas perdue, je lui ai donné. Parce que je le voulais bien, parce que je suis comme ça aussi. Tellement prévisible. Parce que ce soir c’était elle et pas une autre. Parce que c’est le meilleur coup du séjour, que je surkiffe cette fille, et que j’avais zéro motivation pour chasser. Elle a pris le relais en pro et c’est elle qui a millimétré la soirée avec classe. Une «madame » comme dirait Voyageur. Alors que la première jeune conne venue aurait pu me planter là, sous l’effet d’une tequila offerte par un anglo-saxon en short …. Voire en marcel ! Mais Bouddha m’a évité une si cruelle humiliation.
A la réception, je demande si elle peut rester dormir demain. Ce n’est pas possible, car on n’a pas fait le check – in together. Pff …
On gagne l’aile Corona de l’hôtel.
4ème étage.
Je glisse la clé dans la serrure, lui ouvre la porte « choeen kap … »
Enfin seuls.
Une douche me fouette (un peu) le sang. Long moment soft sur le lit, à s’embrasser. Puis à force de se frotter, même doucement … Elle me réveille d’entre les morts. On baise comme des Dieux. C’est tout son ventre qui m’aspire à nouveau, ses mains qui me retiennent, son corps qui ondule comme un serpent, son regard chaviré par le plaisir, sa bouche qui m’accueille. Elle est totale perchée, et moi j’ai cru que j’allais en chialer de bonheur, de fatigue, de reconnaissance.
Peu après, sur un ton rigolard, elle lâche un truc du style « ben alors … je croyais qu'on ne devait pas baiser ce soir ? » Je réponds que je suis désolé, que j’ai oublié dès qu’elle est rentrée dans la chambre … Puis on se prend dans les bras en rigolant et en se roulant sur le lit comme des gamins.
Quelques heures plus tard, la lumière du jour glisse un rayon à travers les rideaux.
J’ai affreusement mal dormi. Comme une (sale) dernière nuit.
Elle part se doucher. Revient au lit. On se rapproche l’un de l’autre. Je sens son front contre le mien. Je lui caresse les cheveux. Longuement. Très longuement. J’ai chaud. Je brûle que le réveil mette fin au supplice de ce dernier matin, en même temps j’aurais souhaité que cet instant ne se termine jamais.
Il me revient le couplet de « Blizzard » de Fauve, maintes fois entendu durant mon séjour :
« tu nous entends l’amour, tu nous entends l’amour ?
Si tu nous entends il faut que tu reviennes, parce qu’on est prêt maintenant, ça y est, on a déconné c’est vrai, mais depuis on a compris, et là on a les paumes ouvertes avec notre cœur dedans il faut que tu le prennes et que tu l’emmènes »
Mais dans la vie des punters comme dans celle des putes, s’il y a beaucoup de sexe, il y a aussi peu d’amour.
Puis le réveil nous a fauchés, son rire a déchiré la pièce, et tout s’est enchaîné très vite …
Ça me paraît tellement loin ce trip, merci de l'avoir partager encore une fois avec nous.
14/05/2017, 19:15
(Modification du message : 14/05/2017, 19:16 par Henjay.)
(14/05/2017, 17:47)Voyageur a écrit : Ça me paraît tellement loin ce trip, merci de l'avoir partager encore une fois avec nous.
Salut Voyageur,
Moi ça me paraît loin et proche à la fois, toi t'as tourné la page de Pats et c'est bien, tu passes à autre chose, moi quand j'y suis tout me revient, je retourne à ton p'tit bar soi Buak, j' y ai même revu la Milf maxi tatouée, putain elle s'en souvenait...t'es comme une yin maintenant, je peux plus t'oublier !!
Emplacement: Daeng Tong Kuu, Thailand
THKS
le taureau, je le prend pas par les cornes mais par les fesses!
Ben de rien Ice...
J'ai conscience qu' il y a beaucoup de texte, et que la lecture est peut être aride pour les moins intellectuels d'entre nous lol, alors voilà quelques tofs..
|